Historique

La citadelle de Doullens est la plus ancienne place fortifiée de France, construite avant même la naissance de Vauban. Elle fut utilisée cinq siècles durant, comme forteresse puis comme prison. Aujourd’hui, le projet culturel de SOMME PATRIMOINE a pour objectif de faire partager au plus grand nombre l’histoire de la citadelle, mais également de sensibiliser à la préservation et la conservation du patrimoine bâti.

Aux origines de la forteresse

Une des premières pages de la vie de cette forteresse s’écrit en novembre 1521, lorsque François Ier, en guerre contre les Espagnols, ordonne à son armée de fortifier plusieurs sites sur la frontière nord du royaume. Doullens, ville stratégique de ce limes, était défendue par une enceinte médiévale qui n’était pas conçue pour accueillir des unités d’artillerie.

C’est ainsi qu’à partir de 1530, les ingénieurs du roi vont ériger de nouvelles fortifications à Doullens. Cet exceptionnel ouvrage militaire devient l’expression des nouveaux dispositifs adoptés pour faire face à l’évolution de la guerre des sièges et notamment les progrès de l’artillerie. C’est donc sous l’impulsion de François Ier que la citadelle de Doullens fait l’objet d’une refonte en profondeur de son architecture et des équipements de ses garnisons. Henri IV renforce et agrandit le site.

En 1659, le traité des Pyrénées rattache l’Artois au Royaume de France, Doullens perd alors son rôle de verrou stratégique et la citadelle est réformée en lieu de détention qui représente la page la plus documentée et la plus longue de son histoire.

Les casernements se transforment alors en cachots et en cellules. Successivement prison d’état, prison politique, maison d’arrêt, maison centrale de force et de correction pour les femmes, puis colonie pénitentiaire désignée comme école de préservation pour jeunes filles, première du genre, ouverte le 1er janvier 1895.


Un lieu d’enfermement

Première Guerre mondiale

En octobre 1914, une première structure militaire sanitaire française prend place dans l’enceinte de la citadelle de Doullens. L’hôpital est divisé en deux pôles, l’un destiné au traitement de la diphtérie et de la méningite cérébro-spinale et l’autre prenant en charge les patients souffrant de fièvre typhoïde, de rougeole, de scarlatine et des oreillons. Il dispose également d’un centre de neurologie et de psychiatrie. Ce dernier est réparti en cinq unités spécialisées dans plusieurs familles de pathologies, dont la plupart relèvent de chocs post- traumatiques, appelés « syndrome de l’obusite ».

Les français quittent la citadelle de Doullens en mai 1916 pour laisser la place à une unité canadienne, la N°3 Canadian Stationary Hospital. La spécialité initiale de ce service porte sur le traitement des chirurgies cervico-faciales, notamment les blessures au nez, à la gorge et aux oreilles. Néanmoins, l’établissement conserve sa section dédiée aux troubles psychiatriques et des pathologies post-traumatiques. Dans la nuit du 29 au 30 mai 1918, un avion allemand frappe le bâtiment principal, le quartier des officiers, la salle d’opération et la salle de radiographie. Immédiatement un incendie se propage et menace tous les bâtiments de cette aile. Les pertes humaines sont élevées avec 28 morts dont 3 infirmières.

Seconde Guerre mondiale

En juillet 1940, les allemands investissent la citadelle en implantant le Frontstalag N°172. Celui-ci ferme six mois plus tard, en décembre de la même année. Le terme Frontstalag, qui est une forme raccourcie de Frontstammlager, désigne un camp de transit de prisonniers. Ces structures installées en zone occupée étaient une première étape dans le processus des transferts de prisonniers vers les camps allemands. A partir de septembre 1941 et jusqu’en mars 1943, la citadelle devient un camp d’internement français, dirigé par l’administration française, sous l’autorité des forces allemandes.

Un blockhaus souterrain est construit en 1943 dans le bastion « Dauphin », les alliés soupçonnent que ce site joue un rôle important dans l’organisation des tirs de V1. On sait que le centre de Doullens, connu sous le nom de code allemand « Dolhe » et pour les américains répertorié sous l’appellation secrète de « Noball XI-E-7 », ou « Z 3287 », a conservé un rôle de coordination et d’analyse des tirs de V1. Doullens est chargé du suivi des trajectoires et du repérage des points de chute. La station centralise les informations des radars de Quettehou, de Coulombs, de Poix, de Le Tilleul et de Cambrai.

En avril 1944, un détachement SS arrive avec plus de 2500 déportés du camp de Buchenwald dans le but de construire des plateformes de tirs pour V1, mais aussi pour déblayer les villes bombardées. Le site de la citadelle de Doullens était considéré comme un camp principal et avait pour nom de code « SS Baubrigade V ».

Les âmes perdues de la citadelle

Après la guerre, la citadelle est de nouveau affectée comme maison centrale de détention pour femmes. Le 19 avril 1957, la jeune Albertine Damien, surnommée Anick, s’évade et se casse l’astragale. Elle est recueillie par un jeune malfrat Julien Sarrazin qu’elle épouse en prison deux ans plus tard. Cette aventure donne naissance à son premier roman L’Astragale. Anick devient Albertine Sarrazin et publie plusieurs romans avant de mourir à l’âge de 29 ans des suites d’une erreur d’anesthésie. Ainsi, le parcours d’Albertine est l’héritage du désespoir, du malheur et de la détresse de l’école de préservation de Doullens. De nombreux témoignages, 25 ans avant l’arrivée d’Albertine, attestent de brimades, de suicides et d’évasions au cœur de la citadelle. Albertine a restitué la mémoire des prisonnières anonymes de la forteresse. La prison ferme définitivement ses portes en 1959.

Les Harkis, derniers occupants de la citadelle

Les derniers occupants de la citadelle arrivent en juillet 1962. Il s’agit de harkis accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants. Le 5 juillet, la préfecture de la Somme est prévenue de l’arrivée imminente de 1067 rapatriés musulmans, composés de familles de harkis et de civils. Dans l’urgence, la préfecture n’a pas de solution immédiate pour proposer un hébergement à ces hommes, à ces femmes et à ces enfants. Aussi, le préfet ordonne la réquisition de la citadelle de Doullens. Le relogement des familles sera progressif. A Doullens, trente logements préfabriqués permettent d’héberger 111 rapatriés. Mais c’est dans le futur quartier Nord d’Amiens que sont relogés la majorité de rapatriés à la cité de la Briqueterie dans le quartier dit du Pigeonnier.


Préservation et valorisation

Comment préserver et valoriser la citadelle de Doullens aujourd’hui ?

Aujourd’hui, après plusieurs remembrements, la citadelle, propriété du Conseil départemental de la Somme, atteint près de 33 hectares. Elle a gardé l’intégralité de ses maçonneries, ses demi-lunes de terre et ses fossés. L’ensemble des fortifications a d’ailleurs été inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques le 17 juillet 1978.

Depuis 2017, la citadelle de Doullens a intégré, avec le Parc naturel et archéologique de Samara et le Centre archéologique de Ribemont-sur-Ancre, l’EPCC (Établissement Public de Coopération Culturelle) Somme Patrimoine. Ce regroupement voulu par le Département permet de mettre en synergie l’Histoire, l’archéologie et la médiation.

Motifs colorés

Les projets de somme patrimoine

Découvrez les projets de SOMME PATRIMOINE concernant la citadelle dans le Projet Culturel et Scientifique de l’établissement !

Le projet d’un EPCC motive les orientations scientifiques et culturelles au sein d’un document stratégique, qui, une fois adopté, détermine pour le temps de la durée du mandat du Directeur, ce que sera la politique de l’établissement.

Il est en phase avec la politique culturelle de son (ses) contributaire(s) financier(s). Il peut prendre en compte les projets culturels des EPCI de son territoire.

Cette philosophie guide quotidiennement les actes et décisions, les orientations et les projets. Ses équipes incarnent ses valeurs. Les sites culturels dont il a la gestion en sont les vecteurs. Les territoires sur lesquels ces sites culturels se situent peuvent en bénéficier.