Quand l’art entre au mitard
De la prison-école de Doullens, on connaît l’illustre détenue portant le matricule 504. Albertine Sarrazin, autrice de littérature prolétarienne, témoignait dans ses poésies, dans ses romans, des conditions de vie d’une jeune femme, délinquante, prostituée, portant un regard désenchanté sur la société française de la deuxième moitié du XXe siècle. L’astragale, son premier roman, décrit la cavale d’une évadée de la citadelle de Doullens et sa rencontre avec l’amour de sa vie au bas de la muraille qu’elle avait dévalée pour s’enfuir. En 2013, l’artiste américaine Patti Smith célèbre l’autrice disparue dans sa préface à une réédition de l’astragale, en mentionnant l’influence de cet ouvrage sur sa propre existence comme sur celles de tant d’autres adolescentes.
Beaucoup de filles sont passées par Doullens sans connaître une vie aussi romanesque que celle d’Albertine Sarrazin. On leur reprochait de nombreuses fautes. De transgresser les lois, de sortir du cadre, de déranger la règle, de remettre en question le patriarcat, la bienséance et la morale. On les obligeait à vivre en paria de la société, rejetées, séparées du reste du monde. On les rééduquait, on les redressait, on les dressait.
Une vie à la marge empreinte de transgression, interrogeant l’ordre établi, bousculant les normes. Cela pourrait entrer dans la définition d’un artiste. Avant d’avoir pignon sur rue, avant qu’on leur donne carte blanche, les artistes invités par CURB et Somme Patrimoine dans cette prison-école flirtaient parfois avec les limites, dépassaient les bornes en taguant, collant, graffant dans les espaces publics, donnant la parole aux idées différentes, aux silencieux, aux oubliés. En immersion créative au sein de la citadelle pour y faire dialoguer leurs œuvres uniques avec l’espace carcéral, avec l’esprit sûrement toujours présent des « filles » de Doullens, les artistes leur rendent hommage en offrant aux histoires sacrifiées une mise en lumière originale et respectueuse. Les mots de Charles Louis accompagnent les créations pour offrir aux visiteurs un écho prolongé dans une œuvre sensible et habitée.
Line up : Madame / Alberto Ruce / Bom.k / La rouille / Softtwix / Philippe Hérard / Charles Louis / Gunter / Alexandre Deron / Iota / Piet Rodriguez / Aurélien Garcia / Reaone / Smak / Yann l’Outsider / La Kourte échelle
L’accès à l’exposition TRANSGRESSION est inclus dans le billet d’entrée à la citadelle.
Pour connaître les jours et horaires d’ouverture et les tarifs d’entrée, consultez les infos pratiques.



